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lundi 6 janvier 2020

Faire des maths en allemand

Voilà bien un sujet qui ne m'inquiétait pas lors de notre installation dans un pays germanique, l'apprentissage des mathématiques. Pour moi les mathématiques étaient universelles, on calculait tous pareil et les résultats étaient forcément les mêmes...
Cependant je connaissais déjà la méthode de maths "Singapour", reconnue pour son efficacité... cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Car voyez-vous les maths en allemand....et bien ce n'est pas les mêmes que les maths en français!


Exemple d'exercices de maths en classe suisse
Pour commencer les Suisse-Allemands comptent à l'envers (oui je suis chauvine, c'est forcément eux qui sont dans l'erreur).
Exemple : 
- pour 19 :
Les Français disent "dix-neuf" donc d'abord la dizaine, ensuite l'unité, dans le sens de lecture donc. Les Allemands eux disent "neunzehn" (= neuf-dix), donc ils donnent d'abord les unités et ensuite les dizaines.
- pour 243 :
Les Français disent "deux cent quarante-trois", encore une fois dans le sens de la lecture ; les Suisse-Allemands disent "zweihundertdreiundvierzig" (= deux cent trois quarante), donc ils mélangent les sens de lecture.

Cela entraîne une vraie gymnastique du cerveau dès qu'un nombre est dans la conversation : numéro de téléphone, heure de rendez-vous.... il faut à chaque fois inverser puisque que le premier chiffre entendu est le dernier chiffre du nombre (suis-je claire???).


Ensuite (et surtout!) les Suisse-Allemands n'enseignent pas les mathématiques comme les Français. Depuis l'année dernière Emmy me ramène des feuilles entières de calcul d'additions et de soustractions en ligne. La première année c'était des calculs simples (jusqu'à 25) et cette année cela va jusqu'au centaines. Cependant j'ai très vite constaté :

1) qu'Emmy ne devait pas apprendre les tables d'addition (elle n'en a jamais entendu parler), c'est la répétition qui crée des automatismes de réponse

2) les élèves n'apprennent pas à "poser" les calculs avant la fin de la 3ème classe (donc dans plus d'un an encore pour Emmy). Or quand vous devez calculer par exemple 76 + 87 c'est compliqué.


Ajoutons à cela que j'essaie d'aider Emmy en parlant français donc en nommant les nombres dans le sens inverse de ce qu'elle fait en classe en allemand et qu'en voulant l'aider je lui ai parlé des retenues.... je me suis rendu compte que je l'embrouillais plus qu'autre chose...


Après quelques recherches il s'avère que les Suisse-Allemands utilisent ce qu'ils appellent des "stratégies de calcul". Les enfants doivent peu à peu automatiser ces stratégies pour calculer vite et bien. Voici par exemple les stratégies de calcul pour les additions :

1) Ajouter les valeurs selon le système décimal : on décortique le nombre pour additionner ensemble les centaines, les dizaines, les unités avant d'arriver au résultat final, tout cela de tête!)


2) Pas à pas : on garde le premier nombre auquel on ajoute les centaines, puis les dizaines pis les unités du 2ème nombre 


3) Simplification : on constate que l'on peut facilement simplifier le calcul


4) Tâche auxiliaire à réaliser : pour réussir ce calcul on passe par un calcul intermédiaire qui nous aide.


Il existe des stratégies de calcul pour chaque opération. Pour en savoir plus vous pouvez consulter ce document, en allemand ;-). 

L'avantage principal de cette méthode réside dans le fait que les enfants deviennent fort en calcul mental et peuvent facilement se débrouiller pour résoudre tout calcul de tête. 
Reste à voir maintenant si Emmy parviendra à battre son arrière-grand-père lorsqu'il regarde la célèbre émission "des chiffres et des lettres"!

vendredi 29 mars 2019

Semaine de projet à l'école : Projektwoche

Tous les ans les élèves suisses ont une "Projektwoche", une semaine où il n'y a pas classe normalement mais pendant laquelle un projet est mené sur 5 jours.
Les classes sont mélangées, les niveaux sont mixés et tous les adultes de l'école (instits mais aussi prof de musique ou de langue par exemple) participent.
La Projektewoche de cette année pour Emmy avait pour thème : le tour du monde!


Pour commencer les enfants ont appris pendant les semaines précédentes cette chanson, qui invite au voyage et aux découvertes. Ils la chantaient tous les matins en arrivant à l'école.

Ensuite chaque groupe a travaillé sur 2 pays précisement. La découverte se faisait par tous les sens :
- cuisine de spécialités
- objets à manipuler du pays
- lectures
- vidéos
- musiques
- travail formel dans un dossier spécial sur le pays
- bricolage
- histoire, légendes
- géographie
- vêtements
- habitats
- sports nationaux...

Le clou de la semaine a été l'exposition que les enfants ont mis en place et à laquelle étaient conviés les parents vendredi matin. 
Je vous laisse découvrir : 


Amérique du Sud

Amérique du Sud

Japon : calligraphie au pinceau 

Japon : mini-jardin zen

Japon : miam! (Et apprentissage des baguettes)

Chine : casque pour écouter la langue, découverte du ping-pong

Chine : Tangram

Retour de voyage en Chine

Chine : cérémonie du thé

Chine : bricolage

Afrique du Sud : bricolage en matériaux de récupération

Afrique du Sud : bricolage, paysage et animaux

Tissage chez les Indiens d'Amérique

Tipis chez les Indiens d'Amérique

Emmy a "visité" l'Australie pendant la semaine, voici son cahier de suivi

Peinture à la manière aborigène

Peinture 2

Malle aux trésors australiens 

Les animaux d'Australie

Vocabulaire et géographie

2ème pays étuidé pendant la semaine par Emmy : la Norvège donc les Drakars

Aurore boréale par Emmy : ence et craie grasse

L'apprentissage passe aussi par de petits films éducatifs et interactifs

Islande et ces trolls

La Grèce

L'Egypte

Les enfants étaient très heureux de nous faire découvrir leur travail et de découvrir celui des autres. Plein de petits ateliers étaient organisés pour s'essayer à la calligraphie japonaise, au yoga, au didgeridoo ou encore fabriquer un panda en papier, faire un origami ou écouter des chansons traditionelles.

Quelle richesse et quelle chance pour les enfants!

lundi 20 août 2018

1er jour d’école primaire!

Et voilà, Emmy est rentrée aujourd’hui, 20 août 2018, en "Erste Klasse" (première classe = CP).
Ce premier jour, comme la fin de l’année scolaire suisse, est très ritualisé et symbolique. L’enfant est célébré!

Les élèves sont d’abord accueillis par le directeur de l’école qui les salue tous personnellement, leur souhaite une belle année scolaire et leur remet une fleur pour leur souhaiter la bienvenue et leur dire qu'ils sont acceptés comme une personne unique (chaque enfant reçoit une fleur car chaque fleur est unique). Ils reçoivent aussi leur nouveau baudrier réfléchissant, jaune pour les pimaires!






Ensuite les élèves montent en classe avec leur maîtresse pour le premier cours. 
Les parents sont invités à suivre cette première leçon pour découvrir la classe, rassurer son enfant si besoin et découvrir le monde dans lequel son enfant va passer ses journées!


A la fin de la première leçon, des élèves de 3ème classe viennent souhaiter la bienvenue et offrir un petit présent (un crayon) aux enfants de 1ère classe : chaque enfant de 1ère classe a ainsi une marraine (ou un parrain) de 3ème classe. Le rôle du parrain/de la marraine est d’aider et de guider le plus petit tout au long de l’année. Et cela commence par la visite complète de l’école que le filleul et son parrain/marraine font tout seul, ensembles. 



Après ce premier cours, tout le monde descend en récréation ("Pause") : les parents peuvent discuter autour d’un café, saluer la maîtresse et dire au-revoir aux enfants qui continuent leur première journée de grand!

Nous avons pu aussi rencontrer la personne qui donnera les cours de "Deutsch als Zweite Sprache" (cours d'allemand comme seconde langue). Le canton de Zurich propose en effet à tous les enfants dont la langue maternelle n'est pas l'allemand des cours de renforcement, inclus dans l'emploi du temps.

Et voici l'emploi du temps de ma grande fille :




vendredi 13 juillet 2018

Célébrations de fin d'année scolaire

Et voilà, ici c'est le dernier jour d'école! Une semaine de plus qu'en France mais une semaine de fête. Les enfants n'ont pas "école", ils s'amusent et célèbrent la fin d'année.
En Suisse les rites, traditionnels, de passage, sont très importants. La fin d'année scolaire est donc marquée par différentes petites traditions.

D'abord chaque changement de classe est symbolique. Les enfants ont en général 4 "grand" changements jusqu'en primaire : 

- De la crèche ("Krippe") à la première année de maternelle ("Kindergarten") : cérémonie "d'Abschied" (adieux).
Ethan a emmené un beau gateau (qui a aussi servi de gateau d'anniversaire en même temps!) et tous les enfants de la crèche disent au-revoir à leur copain. 


Ethan étant encore trop jeune pour l'école publique (à 11 jours près...grrr), nous avons décidé de l'inscrire dans un Kindergarten privé pour 1 an afin qu'il soit avec des enfants de son âge et s'ennuie moins qu'à la crèche qui est devenue trop "bébé" pour lui. 
En voyant sa future classe, je sais déjà qu'il va s'y plaire :



- Entre les 2 années de maternelle ("Kindergarten") : passsage de "Räupli" (chenille) à "Schmetterling" (papillon).
Les enfants passent dans un tunnel en tissu pour symboliser le cocon et la transformation de la chenille en papillon.


- A la fin de la 2ème année de maternlle ("Kindergarten") : passsage important de "Schmetterling" (papillon) à "Marienkäfer" (coccinelle), de la maternelle à la primaire.
Emmy a célébré cela de différentes façons.
D'abord les enfants sont invités à acheter leur sac à dos dès le mois de juin et lors d'une petite cérémonie en classe chacun doit présenter ses nouvelles fournitures. 
Une parenthèse ici pour dire que je me suis un peu "prise la tête" avec ce sac à dos car dans notre ville, il est de tradition que les enfants est un sac Ergobag®, voir qu'ils aient le pack complet (oui un "pack" car il est nécessaire d'avoir plein d'accessoire suplerflus). 
Ergobag® est une marque allemande de sac à dos de grande qualité mais dont le pack complet est quand même à 300 euros! 
Alors ok les enfants gardent ce sac à dos en général les 3 premières années de primaire donc cela revient à 100 euros/an mais il était hors de question que je dépense autant tout en sachant qu'ici les enfants ramènent au mieux quelques feuilles le soir à la maison.
J'ai dû donc résoudre le casse-tête "trouver un sac à bon prix"/"faire attention que ma fille ne se sente pas à part pour une histoire de sac".
Au final Emmy a bien un sac Ergobag® mais acheté en Allemagne car moins cher et pas le pack complet (à son grand désespoir).

Sac d'Emmy
 
Ensuite lors de la cérémonie de fin d'année, tous les parents se mettent en deux lignes et font sauter le "papillon" dans leurs bras pour qu'il s'envole et se transforme en "coccinnelle".


 
- Enfin à la fin de la 3ème année de primaire (ils gardent la même classe, le même enseignant et la même salle pendant 3 ans), les enfants font une fête de fin d'année, une boum, parfois ils dorment même une nuit en classe avec l'enseignant!

A chaque changement, les enfants sont invités aussi à passer une demie-journée dans leur future classe : ils découvrent alors leurs futurs camarades, leur futur enseignant, leur future école... de quoi apaiser les élèves et répondre à leurs principales questions pour qu'ils passent les vacances l'esprit tranquille! 

jeudi 29 mars 2018

Point langue et éducation 1 an et demi après

En lisant un article d’une compatriote expatriée en Allemagne (die Franzoesin), j’ai réussi à mettre un mot sur un phénomène que j’observe depuis que les enfants passent leur journée en suisse-allemand : le cloisonnement.
Ainsi Emmy et Ethan n’arrivent pas bien à nous raconter ce qu’ils font dans la journée car tout s’est déroulé en suisse-allemand et a été enregistré par leur cerveau en suisse-allemand. Ils n’arrivent donc par à exprimer ce qu’ils ont fait en français. Les 2 langues sont encore très cloisssonées pour eux.



De son côté Emmy a besoin en général d’un jour pour digérer les informations et les «retraduire» en français.
Mais les progrès sont vraiment très rapides. Elle n’a maintenant plus de difficultés dans son quotidien avec le suisse-allemand. J’ai assisté à toute une conversation avec la baby-sitter à laquelle je n’ai absolument rien compris... 
Je suis à la fois heureuse de ses progrès et incrédule/dépassée/ par cette nouvelle experience : il y a tout un monde de ma fille (et bientôt de mon fils) auquel je n’ai pas accès... 
Quand Emmy invite une copine, je ne comprends pas tout ce qui qu’elles se racontent. C’est assez perturbant.
En revanche j’ai essayé de proposer une visite guidée d’un château en suisse-allemand à Emmy, une visite conçue pour les enfants. Le vocabulaire sortait du cadre de son quotidien, était très précis et la guide avait un débit rapide. J’ai pu constater qu’Emmy avait encore des progrès à faire pour suivre ce genre de discours. Elle a donc encore une marge de progression :-).


Ethan lui me fait beaucoup rire quand je lui demande ce qu’il a mangé à la crèche : toutes les réponses viennent en suisse-allemand, tel qu’on lui a présenté les plats. J’ai mangé du "Fisch", de la "Suppe" et du "Käse".  
Parfois après une journée entière à la crèche il a du mal à «rebasculer» en français dans la voiture et il cherche ses mots, s’exprime dans un jargon «franco-suisso-alémanique».

Jusqu'à très récemment (ce week-end), nous ne savions pas si il s'exprimait en suisse-allemand, si il faisait des phrases complètes pour parler. Et puis après une après-midi passée avec un copain suisse nous avons eu la confirmation qu'il savait déjà très bien se débrouiller. Quel sentiment bizarre de constater par hasard que son enfant a acquis une autre langue et découvre un univers qui nous est inconnu...



Par ailleurs on remarque chez les deux un début de « perte » du français : parfois un mot tout simple échappe complètement à Emmy («je les fais de quelle couleur les "lippen" maman?»). 
Surtout ils mélangent tous les deux les structures de phrase (je ne parle pas de «grammaire» car le suisse-allemand n’en a pas vraiment...). Ainsi ils inversent souvent l’adjectif et le nom «tu as vu maman l’arbre grand», «oh la mouche petite»...


Le suisse-allemand étant la langue de l’école, il va de pair pour nos enfants avec la transmission d’une certaine «culture de l’éducation» et je me rends compte du coup à quel point nous sommes «formatés» par l’éducation que nous avons reçu à l’école. 
Ici l’autonomie des enfants est au centre de tout. Cela implique qu’il y a un cadre, posé et clair, mais que les élèves sont très libres à l’intérieur, beaucoup plus qu’en France. Et pour une maman, prof de surcroît (donc qui était des deux côtés), c’est très déstabilisant.
Ici Emmy va à l’école publique, je donne des cours de français à des groupes d’élèves suisses et je discute en Sprachtandem (partenaire de langue pour améliorer mon allemand) avec une prof du secondaire suisse. Je commence donc à avoir une bonne vision de l’éducation suisse dans les écoles.
En primaire le fonctionnement se fait beaucoup en ateliers autonomes : les enfants peuvent se déplacer dans la salle de classe librement et le silence n’est pas imposé... Autant dire que c’est dur de passer d’une classe française à une classe suisse. 
Durant mes cours (1h30), les élèves ont clairement beaucoup de mal à tenir sur leur chaise. Je cherche d’ailleurs de plus en plus des idées pour les faire parfois travailler en bougeant.

Tout cela fait aussi partie des choses qui demandent de l’adaptation. Par mon travail je n’ai jamais vraiment quitté l’école et en tout cas jamais l’Education Nationale. Certes celle-ci a beaucoup de défauts mais il est dur aussi d'accepter que nos enfants grandissent dans un autre cadre car il y a toujours la tentation de la comparaison : quel système éducatif est le mieux? Emmy et Ethan ne sont-ils pas en retard par rapport à leurs copains/cousins français?